9ème symphonie du "Nouveau Monde"
Dvorak
Scherzo Fantastique
Suk
Les liens entre Antonin Dvorak et Joseph Suk ...
Ils sont de deux ordres.
D’abord, un lien familial, puisque Suk, ayant épousé sa fille Otilie, pianiste et compositrice, a été le gendre de Dvorak à partir de 1898.
Mais aussi un lien plus émotionnel, lié à la musique, puisqu’il fut l’élève de Dvorak.
Ses premières œuvres sont clairement inspirées de son maître, comme le Trio en ut mineur opus 2, achevé en 1892 pour lequel Dvorak prodigua ses conseils et permit ainsi qu’il soit parachevé. Le quatuor avec piano (1891), le quintette (1893), le premier quatuor à cordes (1896) et la Sérénade pour
cordes (1892) sont presque en totalité dans la lignée du style de Dvorak.
C’est sans doute au cours de cette première période de compositions qu’il est le plus influencé par son professeur. Car par la suite, au début des années 1900, il affirme un style plus personnel, au moment de la composition du Scherzo Fantastique (1902-1903), quelques temps avant le décès de non seulement son mentor, mais aussi de sa propre femme, et fille de Dvorak, Otilie, tragédie qui l’a plongé dans un grand désarroi, voire un état dépressif, qui transparait de façon évidente dans sa symphonie Asrael.
Les liens musicaux – et sans doute personnels - avec Dvorak vont aussi avoir un effet sur Josef Suk lui-même, dans le sens où, quand Dvorak sera critiqué par certains pour sa « ligne conservatrice », héritée du romantisme du 19ème siècle, il sera lui aussi attaqué, étant considéré comme faisant partie de la même école. Leur principal contempteur, Zdeněk Nejedlý, défendra ce qu’il appellera « la ligne progressiste Smetana ».
Face à ces critiques, Josef Suk, sera toutefois remarqué par Mahler, Berg, Brahms et Hanslick, lui-même terrible critique et grand opposant à d’autres
« lignes » comme la musique de Bruckner. Mais peut-être Nedjely n’était-il pas totalement honnête dans sa vision des choses puisqu’il est parfois suggéré qu’il agissait par vengeance, ayant été rejeté par la femme de Suk.
Dix ans séparent la création de la symphonie du Nouveau Monde (1893) de celle du Scherzo Fantastique, au prestigieux Rudolfinum auditorium de Prague en 1905. La symphonie du Nouveau Monde est profondément imprégnée des sensations que Dvorak a éprouvées lors de son séjour aux
Etats-Unis de 1892 à 1895 où il est nommé directeur du conservatoire de New York, et c’est donc là qu’il composera sa première œuvre
« américaine », sa célèbre 9ème et ultime symphonie.
Ces deux œuvres, le Scherzo Fantastique et la symphonie, composées à des périodes différentes, dans des contextes totalement différents, n’ont a priori pas grand-chose en commun, si ce n’est que le compositeur du Scherzo Fantastique a été influencé jadis par celui de la symphonie ainsi qu’il a été dit plus haut. Et que, peut-être, le caractère vif du scherzo de la 9ème symphonie, avec ses nombreuses reprises, a pu être une inspiration pour Suk, pour composer son propre scherzo quelques années plus tard, même s’il s’agit d’une pièce unique, non intégrée à une œuvre en quatre mouvements. Mais, pour le reste, le style de ce scherzo affiche peu de proximité avec celui de Dvorak. Selon certains spécialistes, son langage harmonique est plus proche de compositeurs français comme Chabrier ou Fauré et proche dans l’esprit de l’Apprenti Sorcier de Paul Dukas. Si on devait rapprocher le Scherzo Fantastique de compositions de Dvorak, on pourrait plutôt penser au Carnaval opus 92 ou au Pigeon des Bois opus 110.
Suk était très critique vis-à-vis de son Scherzo Fantastique. Il écrit « qu’il se démarque du reste de sa création, qu’il est plus extérieur qu’émotionnel, qu’il n’est qu’un jeu avec les notes ou encore qu’il s’agit d’une composition sans enthousiasme et sans conviction. » Il conclut en disant « qu’il y a là un néant spirituel et qu’il n’y trouve aucune satisfaction. » Suk ne cherchait pas à évoquer le folklore de son pays, contrairement à Dvorak. A travers ce scherzo il a plutôt cherché à renouveler le genre, en intégrant les innovations harmoniques contrapuntiques et chromatiques du tournant du siècle, rompant ainsi avec le tout romantique du XIXème. Cependant, l’identité de ce scherzo réside davantage dans ses subtils changements dans la couleur orchestrale, sa dynamique et ses conflits rythmiques.
C’est pourquoi la comparaison entre le Scherzo Fantastique de Josef Suk et la symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, si tant est qu’on puisse en faire une, n’est pas chose aisée. Le lien ne réside que dans le fait que les deux compositeurs se sont fréquentés, que l’élève n’a pu qu’être impressionné et influencé par l’œuvre aboutie d’un maître au faîte de son talent et de sa gloire.
Ce qui peut les rapprocher est que ces deux œuvres sont les deux compositions emblématiques des deux compositeurs.
Quand on mentionne le nom de Dvorak, il nous vient tout de suite à l’esprit la symphonie du Nouveau Monde, avec ce quatrième mouvement si marquant et reconnaissable, et largement utilisé dans la culture populaire, ou même le premier, repris dans une chanson de Serge Gainsbourg, bien avant le concerto pour violoncelle pourtant parmi ses œuvres majeures et extrêmement prisé du public.
Concernant Josef Suk, la postérité aura laissé de lui le Scherzo Fantastique, avant toute autre œuvre, sans doute parce qu’il capte lui aussi très rapidement l’attention de l’auditeur par son thème principal, ce mouvement de valse si facilement identifiable et aisé à mémoriser, joué par les violoncelles et repris par les violons, puis répété à plusieurs reprises au cours du morceau.
Pour les deux œuvres, il s’agit de thèmes que l’on peut qualifier de populaires dans la mesure où l’attention du grand public ne peut qu’être attirée dès la première écoute. Et c’est peut-être aussi ce que Suk a appris de Dvorak quand il a entendu ses œuvres et particulièrement la symphonie du Nouveau Monde composée bien des années avant son Scherzo. Il ne s’agit pas de technique ou d’influence musicale mais tout simplement de permettre à l’auditeur de s’identifier et de s’approprier l’œuvre dès la première écoute en la rendant accessible et immédiatement irrésistible à la mémoire.
Ce qui est la recette de l’œuvre populaire par excellence.
Et là, le coup est parfaitement réussi par les deux compositeurs !
Biographie de Antonin Dvorak (1841–1904)
1. Origines et formation
Antonin Dvorak naît le 8 septembre 1841 à Nelahozeves, un village de Bohême (actuelle République tchèque), alors intégré à l’Empire austro-hongrois. Issu d’un milieu modeste, il est le fils d’un aubergiste-boucher, mais la musique est très présente dans sa famille. Il apprend très tôt le violon, puis l’orgue, et montre des dispositions exceptionnelles.
À l’âge de seize ans, il entre à l’École d’orgue de Prague, où il reçoit une formation solide en contrepoint, harmonie et composition. Pour subvenir à ses besoins, il joue comme altiste dans des orchestres de théâtre et d’église. Cette immersion pratique dans la musique orchestrale et lyrique marquera durablement son écriture.
2. Carrière et influences
Les débuts de Dvorak sont difficiles, mais sa carrière prend un tournant décisif lorsqu’il reçoit le soutien de Johannes Brahms, qui admire son talent et l’aide à se faire publier. Brahms devient à la fois un modèle esthétique et un protecteur, tout en encourageant Dvorak à développer sa voix nationale.
Dvorak s’inspire profondément du folklore slave et tchèque, intégrant dans sa musique des rythmes de danses populaires (dumka, furiant, polka) et des modes caractéristiques, sans jamais se limiter à une simple citation folklorique. Il parvient ainsi à concilier forme classique et expression populaire.
Sa renommée devient internationale. Entre 1892 et 1895, il séjourne aux États-Unis, où il dirige le Conservatoire national de musique de New York. Il s’intéresse aux musiques afro-américaines et amérindiennes, qu’il considère comme les fondements d’une future musique nationale américaine.
3. Œuvres principales
Dvorak a laissé un catalogue très vaste couvrant presque tous les genres.
Musique orchestrale :
• Symphonies n°7, n°8 et n°9 ("Du Nouveau Monde")
• Concertos :
Concerto pour violoncelle en si mineur, Op. 104 (chef-d’œuvre du genre)
Concerto pour piano en sol mineur
Concerto pour violon en la mineur
• Danses slaves (Op. 46 et Op. 72)
• Carnaval, Othello, Dans la nature (ouvertures)
Musique de chambre :
• Quatuor à cordes n°12 « Américain »
• Quintette pour piano n°2
• Trio « Dumky »
Musique vocale et sacrée :
• Stabat Mater
• Requiem
• Te Deum
Opéras :
• Rusalka (le plus célèbre)
• Le Jacobin
• Dimitrij
Biographie de Josef Suk (1874–1935)
1. Origines et formation
Josef Suk naît le 4 janvier 1874 à Krečovice, en Bohême (actuelle République tchèque).
Il entre très jeune au Conservatoire de Prague, où il étudie le violon, la composition et la musique de chambre.
Son maître de composition est Antonín Dvořák, dont il devient non seulement l’élève favori, mais aussi le gendre en épousant sa fille Otilie Dvořáková.
2. Carrière et influences
Suk fut violoniste au Quatuor tchèque (České kvarteto) de 1891 à 1933, ce qui influença profondément sa connaissance de la musique de chambre et son raffinement d’écriture.
Son style évolue en trois grandes périodes :
Jeunesse (années 1890) : influence directe de Dvořák — lyrisme, folklore tchèque, tonalité claire.
Crise et maturité (1905–1912) : mort de Dvořák (1904) puis d’Otilie (1905). Suk compose alors des œuvres plus sombres et introspectives (Asraël, Pohádka léta, Zrání).
Dernières années (1912–1935) : recherche d’un langage personnel plus épuré, aux couleurs orchestrales subtiles et à l’harmonie plus libre.
3. Œuvres principales
Musique symphonique :
Serenade pour orchestre à cordes, op. 6 (1892)
Asraël, Symphonie en ut mineur, op. 27 (1905–1906)
Pohádka léta (Conte d’été), op. 29 (1907–1909)
Zrání (La Maturation), op. 34 (1912–1917)
Musique de chambre :
Piano Quintet op. 8
Elegie op. 23 pour piano, violon et violoncelle
Musique orchestrale de caractère :
Scherzo fantastique, op. 25 (1903)
Fairy Tale (Pohádka), op. 16 (1899–1900)
Autres genres :
Musique chorale et vocale, souvent à inspiration symboliste.